Rachel Silski, peintre et dessinatrice

Par Michel van Lierde, collectionneur et critique d'art - novembre 2011


Rachel Silski est une accoucheuse d'âmes d'expérience déjà longue. Ces âmes sont fréquemment tourmentées. Celles de ses patients. « La rencontre avec la folie m'a beaucoup donné, beaucoup appris » dit-elle.

Rachel Silski est marquée par son propre vécu... « Mon métier m'a surtout donné l'humilité face à l'expérience mais aussi ... la révolte quant à notre condition misérable, dans le langage commun (nous sommes peu de choses) ».

Il s'agit bien de cela : de la psychanalyse appliquée aux êtres. Fréquemment les plus « hors normes ». Une pratique qui influe nettement sur son œuvre.

Elle est une « écouteuse en retrait » des mots des autres ; mots qu'elle fait « venir à l'avant » dans la tradition de la maïeutique socratique. Ces mots révèlent peu à peu « l'image » à travers laquelle les interlocuteurs se voient ou s'identifient. C'est bien ce stade du miroir, cher à Lacan, qu'elle évoque comme grille de lecture à travers laquelle elle « lit » le message de l'autre. Cet autre qui lui exprime dans sa nudité, l'essence de son «moi » intime.

C'est un échange qui « marque » l'artiste.

Ce n'est pas anodin, car de ce que « croient » les patients, Rachel Silski dégage une autre « vérité ». Elle est rarement indolore puisque -thérapeute- elle invite l'autre à s'appuyer sur ses réminiscences pour faire surgir de sa vie antérieure les connaissances oubliées.

Expérience risquée à coup sûr pour celle qui « fait parler »... Ne remplit-elle pas, avec beaucoup de don de soi, « un rôle, » -chaque fois singulier- dans la « pièce » qu'elle partage avec le patient ? Elle n'en est pas une spectatrice ; elle en est un protagoniste.

De quoi y parle- t'on ? Souvent de paranoïa et de ses multiples facettes. Y prévalent les notions de persécution, de souffrance, de méfiance, de menace ou de suspicion des individus les uns par rapport aux autres. Quand ce n'est pas de la maladie et de ses suites, sinon de son funeste aboutissement.

En regard du propos de ses patients, Rachel Silski met en perspective ses propres réminiscences. Pourrait-on esquisser qu'elle nous « invite » à son tour...dans son propre monde intérieur ?

La plasticienne Rachel Silski « absorbe » toutes ces expériences en son être. Si sensible.

Elle nous en fait partager les traces, les signes, les couleurs. Elle travaille les pigments, l'encre, l'huile de lin. Ce sont parmi les mediums ceux auxquels elle fait appel pour réveiller chez chacun les émotions -et le mot n'est pas anodin ici- mais aussi une disponibilité latente à la raison, à la patience, à la réflexion selon les cas.

Le rouge. Le noir. Ses choix chromatiques de prédilection.

Le cœur unit les êtres ; mais aussi les sépare dès lors qu'il n'est plus...

Stendhal est proche. L'ambition, les doutes, les souffrances de Julien Sorel sont décryptées à l'instar d'une analyse de thérapeute et qui le mettrait à nu. Il révèle les méandres de la pensée du héros. Pensées qui conditionnent ses actions.

Rachel Silski traduit son vécu si personnel sur des supports bruts ou des papiers de riz froissés notamment.

Souvent ils sont littéralement scarifiés, déchirés tels des cicatrices affleurant du dialogue de l'artiste avec la matière. Ces signes dans le support désignent le souvenir de ces accouchements si particuliers - mentaux- et riches de leurs non-dits. N'y a-t'il donc pas là « matière » à y voir une peau ?

La peau de la tête creusée ou grattée pour en faire jaillir un « Je » authentique.